Surexploitation de nos ressources halieutiques

Des experts sonnent l’alerte

Apporter des preuves scientifiques de la diminution drastique des ressources halieutiques de l’Afrique de l’Ouest. C’est l’exercice auquel s’est essayé le WWF, (Fonds mondial pour la nature) et le Projet Sea Around US basé à l’Université de British Columbia lors d’une conférence de presse tenue au Novotel en marge du symposium ”Pêcheries maritimes, écosystèmes et sociétés en Afrique de l’Ouest”. Ils se sont basés sur les résultats obtenus grâce au système d’information et d’analyse des pêches (SIAP) pour arriver à de telles conclusions.

Le docteur Daniel Pauly, chercheur à l’Université canadienne de British Columbia et par ailleurs expert mondial des questions relatives à la pêche, a révélé, diapositives à l’appui, que l’Afrique de l’Ouest a perdu la moitié de ses stocks en poissons de fond au cours des vingt dernières années. Il en veut pour preuves la diminution considérable des biomasses, l’exploitation anarchique des ressources halieutiques avec une activité de pêche qui a presque triplé depuis le milieu des années 70 et les prises de poissons de fond au large des côtes du Nord-Ouest de l’Afrique qui ont stagné à quelque deux millions de tonnes. “ Nos observations montrent que, globalement, la biomasse des poissons de fond de la zone concernée a maintenant décliné à moins d’un quart de sa valeur en 1950. Et cette tendance se vérifie plus au sud le long de l’ensemble de la côte africaine jusqu’en Namibie ”, avertit le professeur Pauly.

L’autre signe d’inquiétude qui renseigne sur la baisse des ressources halieutiques est lié, selon l’expert, à l’exploitation des ressources de la mer par des flottes de pêches étrangères qui étaient six fois plus importantes dans les années 90 que trente ans auparavant. Les principaux responsables de ce pillage des ressources halieutiques “ source majeure de nourriture pour les Africains ”, sont l’Union européenne, la Russie et les pays asiatiques, affirme sans ambages le spécialiste. A titre d’exemple, l’Europe compte à elle seule près de 27 000 bateaux chalutiers sophistiqués dont l’essentiel pêche hors des eaux de l’Union, renseigne Claude Martin, directeur général de WWF International. Selon lui, la baisse des stocks de poissons risque d’avoir des conséquences graves sur la sécurité alimentaire des pays de la région. “ Un effondrement des stocks de poissons en Afrique de l’Ouest pourrait avoir des conséquences humaines bien plus graves qu’en Europe ou en Amérique du Nord ”, avertit-il avant de s’interroger sur la nécessité d’entamer des discussions sur la réduction de la pauvreté lors du prochain sommet sur le développement durable prévu à Johannesburg alors qu’au même moment, on continue de piller les ressources des pays pauvres.

Pour inverser la tendance, le directeur général de WWF pense que la réforme de la politique commune de la pêche de l’Union européenne offre “ l’occasion idéale d’enrayer la surexploitation de ces ressources ”. A son avis, “ l’Union européenne doit impérativement améliorer ses accords d’accès aux pêcheries dans le cadre de cette réforme ” en réduisant par exemple de manière drastique la taille surdimensionnée de ses flottes.

Quant au Pr Daniel Pauly, il recommande vivement la mise en place d’aires protégées marines interdites à toutes activités de pêche ainsi que le zonage des côtes suivant leurs possibilités de pêche, de même que l’élimination des chaluts. Il conseille également aux gouvernements la répartition équitable des bénéfices tirés des accords de pêche. Le docteur Papa Samba Diouf, représentant-résident de WWF à Dakar propose, en plus de ces mesures, une approche régionale des problèmes de gestion, de recherche et de conservation des ressources halieutiques.

Il a par ailleurs révélé que le WWF entreprend déjà des efforts pour amener les pays membres de la commission sous-régionale des pêches en vue d’une harmonisation de leurs positions dans les négociations des accords de pêche. Il a d’autre part envisagé la diminution du personnel qui exerce dans la pêche, surtout artisanale, qui s’opère dans des zones de reproduction et de croissance des poissons.

 

           
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